Origine des fonds d’une vente immobilière : quels justificatifs demander ?

Quand l’agence doit-elle examiner l’origine des fonds ?

L’agence immobilière recueille et analyse les informations nécessaires à la connaissance de la relation d’affaires, puis les actualise selon le risque (art. R. 561-12 du CMF). Lorsqu’une opération est particulièrement complexe, d’un montant inhabituellement élevé ou sans justification économique ou objet licite apparent, elle recherche auprès du client l’origine et la destination des fonds, l’objet de l’opération et l’identité de son bénéficiaire (art. L. 561-10-2).

Deux niveaux sont donc à distinguer : la connaissance du financement adaptée au dossier et l’examen renforcé déclenché par les caractéristiques de l’opération. Pendant la relation, la vigilance constante comprend un examen attentif de la cohérence des opérations avec la connaissance actualisée du client (art. L. 561-6). Le guide des obligations anti-blanchiment replace ces vérifications dans le parcours de l’agence.

Quels justificatifs demander pour comprendre le financement ?

L’art. R. 561-12 du CMF adapte la nature et l’étendue des informations, leur actualisation et l’analyse au risque. Les articles cités ne fixent donc pas une liste identique de justificatifs de financement pour chaque vente. Le but pratique est de comprendre les explications du client et de pouvoir montrer comment elles ont été examinées : l’agence doit pouvoir justifier ses mesures et leur adéquation au risque auprès du contrôle (art. R. 561-12).

Voici une méthode de préparation, à adapter au dossier plutôt qu’un catalogue réglementaire de pièces :

Financement annoncé Ce que l’agence peut rapprocher
Emprunt Montant du prêt annoncé, part restant à financer et pièce de financement communiquée.
Apport personnel Montant mobilisé, explication de sa constitution et documents qui étayent cette explication.
Fonds provenant d’un tiers Explication du rôle du tiers, circuit annoncé et cohérence avec les informations du dossier.
Montage complexe Explication de chaque étape et des personnes concernées, pour préparer l’analyse de l’origine et de la destination des sommes.

Cette grille est une suggestion d’organisation. Le fondement de la collecte reste l’analyse adaptée au risque de R. 561-12 et, lorsque ses conditions sont réunies, l’examen renforcé de L. 561-10-2. Une pièce isolée gagne ainsi à être accompagnée d’une note expliquant ce qu’elle confirme et les questions qui subsistent.

Que montrent les décisions CNS sur les achats sans prêt ?

Dans la décision CNS 2023-49, aucun des huit dossiers contrôlés ne contenait d’information sur l’origine des fonds, y compris dans le cas d’un achat sans prêt (point 22). Dans la décision CNS 2023-46, cette information manquait dans sept des dix dossiers examinés (point 23).

Ces constats portent sur les dossiers de ces agences. Ils illustrent l’écart entre connaître le prix d’une vente et documenter son financement ; ils ne constituent pas une liste universelle de documents à demander. Pour les pièces réunies, prévoyez aussi leur conservation selon les catégories de l’art. L. 561-12 du CMF.

Quand les interrogations sur les fonds conduisent-elles à une déclaration ?

La déclaration concerne les sommes ou opérations dont le professionnel sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu’elles proviennent d’une infraction passible de plus d’un an d’emprisonnement ou sont liées au financement du terrorisme (art. L. 561-15, I). Après l’examen renforcé, la déclaration est effectuée le cas échéant, selon ces conditions (art. L. 561-15, III).

Pour la fraude fiscale, l’art. L. 561-15, II exige aussi la présence d’au moins un critère réglementaire. L’art. D. 561-32-1 mentionne notamment le refus ou l’impossibilité de produire des justificatifs de provenance des fonds ou des motifs des paiements (11°) et une transaction immobilière à un prix manifestement sous-évalué (16°). Ces critères s’apprécient dans ce cadre, avec l’analyse du soupçon.

Ce que l’agence peut faire : comment rendre l’analyse retrouvable ?

Nous proposons de noter, dans un même dossier, le financement annoncé, les pièces reçues, les incohérences examinées et la suite donnée. Datez les informations et les mises à jour pour rendre lisible le raisonnement fondé sur R. 561-12 et L. 561-6. Le guide de la déclaration de soupçon détaille l’étape déclarative ; le test de l’agence aide à faire le point sur votre organisation.

Questions fréquentes

Un achat sans prêt dispense-t-il de rechercher l’origine des fonds ?

Non. Dans la décision CNS 2023-49, point 22, l’absence d’information sur l’origine des fonds est constatée dans les huit dossiers, y compris pour un achat sans prêt. Les informations et leur analyse restent adaptées au risque (art. R. 561-12 du CMF).

Quels éléments rechercher lors d’un examen renforcé ?

L’art. L. 561-10-2 du CMF demande de se renseigner auprès du client sur l’origine des fonds, leur destination, l’objet de l’opération et l’identité de la personne qui en bénéficie. Il vise les opérations particulièrement complexes, d’un montant inhabituellement élevé ou sans justification économique ou objet licite apparent.

Un prix sous-évalué déclenche-t-il automatiquement une déclaration ?

La transaction immobilière à un prix manifestement sous-évalué est le critère du 16° de l’art. D. 561-32-1. Il s’articule avec le soupçon de fraude fiscale et la présence d’au moins un critère prévus par l’art. L. 561-15, II du CMF ; le prix ne remplace pas cette analyse.

Sources

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